La hausse de prix des carburants et leur fiscalité.

La polémique concernant la hausse des prix des carburants est à la une des conversations de nombreux citoyens français qui ont décidé de faire entendre leur mécontentement ce samedi 17 novembre au travers de blocages et autres manifestations. Le rapprochement imminent des prix de l’essence et du gazole ainsi que leur alarmante augmentation (+13% pour le Super SP95, +19% pour le gazole) par rapport à octobre 2017 (fig.2) créent un sentiment de stress au sein de la population française qui souhaite des explications. Nous avons analysé cette situation de hausse des prix des carburants pour vous apporter un éclairage sur la mécanique financière.

La France a-t-elle déjà vécu pareille situation ?  

Oui ! Rappelez-vous la crise énergétique entre juillet 2007 et juillet 2008 (fig.2). Une hausse continue du prix du baril avait alors impacté le prix des dérivés du pétrole grâce à la diminution de production des barils par l’OPEP. Cet évènement n’a pas seulement engendré une hausse des prix à la pompe (de +10% pour le Super SP95 et de 22% pour le gazole), mais il a également contribué au rapprochement de ses prix de marché (de 1.43€/L pour le gazole et de 1.47€/L pour le Super SP95).

Et quel était l’impact fiscal ?

Le gouvernement de l’époque entreprit une diminution continue des taxes appliquées aux carburants pour compenser la hausse de prix du pétrole brut. Cet effet compensatoire peut être observé de manière générale dans le temps (voir fig.2). Il existe en effet une relation directe entre le comportement du cours de Brent et la taxation des carburants (voir figure ci dessous). Notez qu’entre juillet 2008 et octobre 2018, cette compensation a généré une augmentation fiscale de 46% à 57 (+11%) pour le gazole et de 57% à 61% (+4%) pour le Super SP95.

Quelle est la différence notoire entre ces périodes ? 

L’écart entre les taxes appliquées à l’essence et celles appliquées au gazole (voir zone entre les courbes d’évolution des taxes) était de 11% en 2008 et de 4% en octobre 2018. Cette différence tient compte d’une part des mesures fiscales prises en 2014 avec l’application de la composante carbone additionnelle dans le calcul de la TICPE (voir fig.1), d’autre part de l’initiative établie lors de l’application des lois de finance 2015 et 2016 visant à rapprocher les prix des carburants, et donc à inciter les français à la conversion gazole -> essence (fig.2).

Il est important de noter que ces décisions affectent principalement les automobilistes français. En effet, d’autres secteurs comme le transport de marchandise (routier et fluvial), les exploitants de taxis ou encore le transport aérien bénéficient de réductions voir d’exonérations de la TICPE.

Comment la hausse des prix du carburant a-t-elle affecté le pouvoir d’achat des français ?

Le pouvoir d’achat mesure lacapacité à consommer des biens et services grâce à un revenu disponible . Nous avons donc analysé l’impact du coût du transport (coût pour parcourir 100 km en véhicule personnel) par rapport au revenu minimal des français (le SMIC). Si le prix du carburant augmente, il y a une répercussion à la hausse sur le coût du transport et par conséquent une perte sur le pouvoir d’achat exprimé avec un ratio plus haut (voir les ratios « coût pour parcourir 100km/SMIC » sur les deux dernières colonnes de la fig.4).

Comme vu précédemment, les principaux facteurs qui amènent à la hausse du prix des carburants à la pompe sont le prix du pétrole brut et la taxation. Mais d’autres facteurs comme la parité €/$, l’inflation et la consommation des véhicules jouent un rôle primordial sur le pouvoir d’achat des français.

Nous pouvons observer que le pouvoir d’achat des français a été affecté dans les deux périodes étudiées avec un poids du transport qui représentait 0.71% du SMIC pour le gazole et 0.86% pour l’essence en juillet 2008 contre 0.62% pour le gazole et 0.76% pour l’essence en octobre 2018. Ces chiffres nous présentent un scénario actuel meilleur par rapport au scénario de juillet 2008Malgré ce bon indicateur, nous pouvons observer que l’influence de la hausse des taxes depuis 2016 sur le prix à la pompe affectera encore plus le pouvoir d’achat dans les années à venir si le revenu des français continue d’évoluer de la même façon.

Les décisions fiscales et leur impact notoire sur le pouvoir d’achat des français semblent actés par le gouvernement. Les aides gouvernementales sont-elles suffisantes pour aider les français vers une conversion gazole – essence et peuvent-elles compenser la hausse des taxes ? La colère et le mécontentement des français par apport à la hausse du prix des carburants ont réussi à créer une réaction dans le gouvernement Mercredi matin avec l’annonce de mesures compensatoires (comme l’augmentation de la prime à la conversion, le bonus écologique étendu aux hybrides rechargeables, l’élargissement du système des indemnités kilométriques…) par le premier ministre Edouard Philippe. Néanmoins les prochaines manifestations restent maintenues. Ces primes à la conversion et aides gouvernementales vont-elles convaincre les français de changer leurs habitudes ?

By |2018-11-28T13:25:56+00:00novembre 21st, 2018|News|0 Comments