Pascale Courcelle est aujourd’hui Directrice du Financement de l’Immobilier et de l’Énergie Environnement chez BPI France.

Bonjour Pascale, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre direction au sein de BPI France ?  

La Direction du Financement de l’Immobilier, de l’Energie Environnement assure le développement du marché de l’Immobilier et de l’Energie avec une offre articulée autour du Financement de Projet d’Energie Renouvelable en Prêt et en Crédit-bail Energie, du Crédit-Bail Immobilier, du Prêt Immobilier. Sur ces marchés, nous assurons la veille sectorielle pour Bpifrance.

Nous animons les équipes en région sur le déploiement de nos savoirs faire en termes de financement grâce à une équipe de financement structuré : appui au montage des dossiers, l’expertise technique et sectorielle sur les actifs à financer Immeubles / projets Energie, analyse juridique. Nous pilotons la définition des règles et méthodes de valorisation des actifs financés, les méthodes d’expertise des financements de projets pour présentation à nos comités de crédit et de risques, ainsi que l’élaboration de la modélisation financière.

Quel a été votre parcours pour en arriver là ?  

Comme beaucoup de managers chez Bpifrance, mon parcours a débuté en région, la Bretagne, en tant que chargé d’affaires d’un portefeuille de clients essentiellement industriels. J’ai ensuite intégré la Direction des Risques au siège de la Banque pour participer au comité de décision national sur le secteur industriel.
Cette vision cumulée front et risques a défini mon orientation vers un métier d’expert : le financement de l’immobilier pour notre réseau lle de France. Ce poste a évolué au fil des choix de décentralisation de process, pour intégrer petit à petit de nouvelles actions au sein du produit immobilier le prêt et le crédit-bail immobilier et dès 2010 le financement de projet en énergie environnement. La culture immobilière et ma formation juridique ont été un vrai atout pour appréhender ce nouveau marché très réglementé et en constante évolution.
L’accompagnement de clients d’envergure en Ile de France m’a permis d’anticiper de nombreux besoins en termes de positionnement de l’offre de Bpifrance. La variété et la dynamique des opérations exécutées, notamment en tant qu’arrangeur, a légitimé la prise de nouvelles fonctions à l’automne 2017 en tant que Directrice de financement Immobilier, et Energie Environnement dans une perspective de déploiement sur ce segment de marché, afin de répondre à notre plan stratégique sur la TEE.

Quelles sont les ambitions du groupe BPI en termes de financement des ENR ?

Nos ambitions sont fortes, au regard de ce que nous avons déjà accompli. Depuis sa création, Bpifrance a massivement financé les entreprises de la TEE : 11,4 Md€ ont été engagés depuis 2013 tous dispositifs confondus (dont près de 2,5 Md€ en 2018, +10 % vs. 2017 et +81 % vs. 2013), correspondant à près de 14 500 actions de soutien auprès des entreprises. En 2018, l’action de Bpifrance a porté notamment sur le financement en dette pour 1.4 Md€, aux côtés des banques, de projets d’énergies renouvelables (éolien terrestre et solaire photovoltaïque principalement, mais aussi hydraulique, réseau de chaleur, méthanisation…).
Bpifrance continuera à apporter également les fonds propres nécessaires à la croissance et la consolidation des développeurs ENR français, pour leur permettre notamment dans leur perspective de développement et de conquête à l’international. L’objectif sera de créer des champions mondiaux sur leurs principaux marchés.
Dans le même temps, Bpifrance se fixe des objectifs ambitieux en termes de financement de projets d’ENR en maintenant sa capacité à intervenir en cofinancement aux cotés des banques. En financement, Bpifrance se positionnera notamment sur les filières émergentes et les nouveaux acteurs de la TEE en vue d’accélérer leur structuration. Bpifrance continuera également à se positionner en qualité d’arrangeur et co arrangeur auprès de ses clients historiques pour maintenir sa dynamique d’accompagnement, et de structuration du financement.

Pouvez-vous nous parler de vos projets ENR les plus emblématiques ?

Le plus récent, le plus parlant et représentatif des cas précédents est notre arrangement de dette de 54 millions du portefeuille de Technique Solaire, qui a combiné toutes les complexités du financement de projet : refinancement, green, agrégation, financement participatif, qui va notamment permettre la construction de 47 MWc de centrales solaires lauréates d’appels d’offres dits « CRE 4.2 et CRE 4.4 ». L’opération, dont l’objectif principal est le primo-financement de 64 nouvelles centrales (47 MWc comprenant des serres, des bâtiments agricoles et des ombrières de parking), permet également de restructurer les dettes bancaires portées par 15 centrales solaires déjà en exploitation (2 MWc).
Ce projet est symbolique de notre savoir-faire en région, couplé avec notre équipe de financement structuré, pour dupliquer nos moyens dans un projet d’envergure dans des délais contraints.

On peut aussi citer la participation significative à des projets sur des filières plus émergentes : le financement de la centrale de cogénération (énergie électrique et thermique) biomasse pour AKUO à destination du papetier Gemdoubs, le financement sur les hauteurs de Llo d’une Centrale Solaire Thermodynamique, ainsi que le financement du réseau de chaleur géothermique exploité par Kyotherm à Marne La Vallée, et enfin le financement d’un contrat de performance énergétique pour un portefeuille d’actifs.
La technicité de nos équipes a été appréciée par les acteurs des projets.

Quelle est votre vision sur les évolutions du marché bancaire des ENR ces dernières années ?

Les banques sont volontaristes et ont des équipes de spécialistes dévolues au financement de projet, elles se sont positionnées pour la plupart principalement sur les filières dites matures en termes de revenus, notre rôle est soit de les accompagner, soit de les entraîner dans nos structurations chez nos clients historiques, et également de les amener sur des filières moins matures. De nombreuses opérations de refinancement, visant à redonner du cash à nos clients pour investir dans le développement de nouvelles opérations, ont professionnalisé et inscrit l’ensemble des partenaires dans des volumes de crédit et d’actifs en portefeuille très importants, révélant ainsi la nécessité de « processer » avec agilité l’ensemble des dispositifs. Maintenant pour répondre aux ambitions de la PPE, nous devrons collectivement réfléchir à faire face aux volumes de crédit supplémentaire à allouer, à la bonne analyse de risque projet et notamment à l’allocation du risque de prix marché quand le projet sort des contrats d’achat. Il s’agit aussi tout en étant vigilant sur le maintien d’audit qualitatif de cibler la bonne normalisation de l’ensemble de l’analyse du financement de projet pour répondre à la fois aux délais de réalisation, et à la masse administrative de traitement. À date il ne manque pas de financement, il manque d’investissements en volumes pour remplir les objectifs PPE, et il faudra de l’ingénierie projet à tous les niveaux pour faciliter ces grandes étapes de la transition énergétique. Chez Bpifrance, nous souhaitons relever ce défi.

Que pensez-vous des Corporate PPA et de leur financement ?

Les Corporate PPA seront un passage obligé à court moyen terme pour accélérer le développement des énergies renouvelables en France. La concentration, c’est-à-dire le rachat d’indépendants par les majors français du secteur ou par des sponsors étrangers, témoigne de la difficulté de nos entrepreneurs à assurer leur développement avec le bon niveau de fonds propres requis, tant la compétition dans les appels d’offres est rude.
La soumission de projets, hors cadre réglementaire et contraint des appels d’offres, à destination d’acheteur privé, ouvre de nouvelles perspectives. Bien sûr il s’agira alors pour les banques de sortir de l’analyse du projet pour la compléter par une analyse corporate, une analyse plus poussée de l’actif producteur d’énergie dans son profil de production. Le risque corporate a déjà été pris en compte par les banques dans des dossiers de biomasse cogénération quand un acheteur de chaleur ou vapeur venait compléter le dispositif de recettes. Le financement devra se regarder notamment sous l’angle protecteur qu’offrira le contrat d’achat, sous l’angle dilution du risque par l’effet portefeuille. La modélisation financière permettra également de donner des réponses financières adaptées sur la pente d’amortissement de la dette, dès lors que les ratios de gearing auront également été rehaussés.

Comment Adenfi vous accompagne sur ces projets ?

Adenfi accompagne Bpifrance depuis près de 5 ans sur des audits techniques, audits de productible, et témoigne auprès de nous de son analyse marché.
Auditeur technique de certains de nos clients par ailleurs, participant à des transactions d’acquisition dans leur modèle financier, nous savons ainsi qu’ADENFI est en bonne connaissance du marché et de ses niveaux transactionnels.
Adenfi a par ailleurs élaboré les bases du modèle financier de Bpifrance, ce qui nous a permis ensuite de procéder à toutes les étapes de développement du modèle pour absorber les différents types de financement de projet. Le modèle financier est l’outil clé d’une bonne structuration.